Jeudi 26 juin 2008
par mortenson
J’ai maigri pour toi
Lettre reçue d’un inconnu
Ouverte puis même lue

J’ai maigri pour toi, pense-t’il allongé sur le lit qui pourrait être le sien. J’ai laissé partir quelques idées qui pesaient lourd, si lourdes. J’ai eu du mal à les laisser glisser. Je me souviens précisément du moment où, comme dans les films, ma main les lâchait, le regard de mes idées effarouchées choquées que j’ai pu les laisser glisser. Elles pesaient si lourd : des bouts de mon enfance, d’autres femmes qui un temps comptèrent autant que toi. Ce n’est plus possible maintenant. Je veux dire, compter autant que toi tu comptes en moi. Tu comptes 3, 2, 1 tu décomptes plus précisément. Il est lancé le grand décompte j’ai vu le grand zéro, il arrive. Dans la panique j’ai voulu t’écrire, instinctivement tu étais celle que je devais prévenir. Suis-je con ?
J’ai maigri pour toi. Arrêter de manger trois semaines. Il y a pas mieux pour maigrir. Ne plus manger. Porter douloureusement son corps devant la glace et le voir maigre fier comme un roi. La plupart des gens trouveraient ça malsain, mais j’étais fier. Mon petit corps, aurais-tu dit,  capable de se transformer pour toi. Tu n’as jamais vu la différence. Je te parle, mais tu n’es plus qu’une Étrangère mal à l’aise, dans la mauvaise capitale, une épaule inconnue et gênée sur laquelle le dépressif s’épanche dans le métro. Un tel besoin d’amour ça ne s’explique pas, avec aucun mot. Il fallait être là : voir mon corps, voir mes yeux. Je suis aussi seul que les autres. Ça fait mal plus que les autres. Tu sais j’ai maigri pour toi et si tu voulais venir me voir je te montrerais.
Allongé dans ce lit, je commence à savoir que rien n’est rien. Je le sais profondément cela commence à s’inscrire dans mon système, il est lancé le virus qui viendra me convertir à la mort…. plutôt à la non-vie, au refus de tout, au laisser-aller. J’étais un sans-repos et j’aspire au repos. J’avais peur de tomber tellement j’avais faim, mais je voulais être maigre pour toi, plus maigre que la mort. J’avais peur de tomber et je suis tombé. Les gens qui m’ont relevé n’avaient pas ton visage. L’infirmière qui me retourne le matin n’a pas ta pensée, plus rien n’a de toi… Que moi. J’avais raison d’avoir peur. J’ai maigri pour toi et mon corps est cassé. Je t’aime de tout tes reflets et si tu revenais, je pourrais bien mourir. Le lit est trop chaud. Maintenant je vais dormir

recommander ajouter un commentaire
commentaires (1)    créer un trackback
Retour à la page d'accueil
 
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus